Grand Orgue, église Saint Christophe
HISTORIQUE
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Vers 1650 : construction de l'orgue ?
1689 : transformation par Joseph Gérardin.
1823 et 1838 : transformations par Jean-Baptiste Gavot.
1879 : transformation par Charles Didier.
1888 : transfert de l'orgue sous le clocher, par Jaquot-Jeanpierre & Cie.
1892 : suppression du positif et ajout d'un récit expressif, par Jaquot-Jeanpierre & Cie.
1955 : petite transformation par Duhamel.

L'histoire de cet instrument garde encore une part d'obscurité, en particulier pour ce qui est de sa date de construction. La première mention d'un orgue dans les archives paroissiales remonte à 1653, sous forme de paiement à l'organiste, pour 50 fr, puis d'un autre paiement en 1663, par la confrérie Saint-Joseph. En 1665, l'organiste ne voulait plus jouer « pour le prix ordinaire de l'année précédente ». Mais était ce déjà sur l'orgue actuel ?
Une réparation fut entreprise en 1671 par le Frère Charles, des Cordeliers, qui toucha 80 fr pour son travail, à quoi s'ajoutaient
18 fr de fourniture de plomb et 3,6 fr pour les « menuisiers qui ont travaillé aux soufflets de l'orgue».
Le 10 décembre 1683, un marché fut signé avec Jean Treuillot (ou Trévillot), organiste et facteur d'orgues résidant à Langres, pour jouer les orgues des églises de Neufchâteau (Saint-Christophe et Saint-Nicolas), pour 350 fr par an. Treuillot venait de construire l'orgue de Saint-Nicolas. Un nouveau marché fut signé le
28 décembre 1684 pour prolonger le marché de deux ans. Treuillot quitta ensuite Neufchâteau, puisqu'on le trouve occupé en 1687 et 1688 à Notre-Dame de Beaune, en Bourgogne.
Treuillot étant reparti, on s'adressa à un de ses confrères pour moderniser l'orgue à la manière de celui de Saint-Nicolas. En l'étude du notaire Claude Rolin, un marché fut signé le 8 août 1689 avec Joseph
Gérardin, facteur demeurant à Curel, près de Joinville (Haute-Marne). Celui-ci avait trouvé un instrument qui semble avoir eu 7 jeux, sur un clavier avec octave courte.
Il proposa d'en faire un orgue à 9 jeux, supprimant la Mixture et la Sesquialtera, et confectionnant à neuf un Cornet 5 rangs, une Fourniture 4 rgs, une Trompette 8 et une Voix humaine. Pour cela, Gérardin devait confectionner un sommier neuf, « au grand clavier», avec le même nombre de touches qu'à Saint-Nicolas (48 notes), en complétant le clavier en bas et en haut, sans que le nombre de notes ajoutées soit précisé. De même, il s'engagea à faire des porte-vent neufs, ainsi que trois soufflets neufs, « pareils à ceux des orgues de L’Eglise paroissiale St-Nicolas, Deux desquels seront posés sur la voute du clocher [c'est à dire à L’emplacement actuel de l'orgue] Et le troisième au dessus, pour la construction desquels il pourra se servir du bois des vieux soufflets
Ces travaux devaient être terminés pour Pâques 1690 et devaient coûter 520 livres tournois «incessamment», 150 à ouvrage moitié fait et 220 à la réception}. Ce marché fut notamment signé par Joseph Dageville, organiste de de la paroisse Saint-Nicolas
Si l'on essaie de confronter ces données d'archives à ce qui reste de l'instrument, on constate que l'orgue remonte très certainement au XVIIe siècle, et que le buffet a été approfondi d'un pied (32 cm) à une époque ancienne, au moment où l'on posa les actuels sommiers de 48 notes. On est alors tenté d'attribuer l'approfondissement du buffet et la construction des deux sommiers de grand orgue à Gérardin. Il est vrai que ces sommiers ont
11 chapes alors que la composition de Gérardin se limitait à 9 jeux, mais une Doublette et une Tierce ont pu être ajoutées en cours de travaux, d'autant que ces jeux étaient présents à l'orgue de Saint-Nicolas, qui servit de modèle pour Saint-Christophe. Quant à l'origine de l'instrument, on constate que le buffet autant que la tuyauterie sont très proches de la manière de Jean Treuillot. L'orgue de Saint-Christophe aurait-il été construit par Jean Treuillot, bien avant celui de Saint-Nicolas, avec une composition et une étendue de clavier encore archaïques ?
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Contrairement à ce qu'affirmait Gérardin dans son devis, la soufflerie fut probablement placée sous un appentis à l'extérieur, puisqu'en septembre 1693, on posa « des tuiles sur le toit de l'orgue>. En 1714, l'organiste répara la soufflerie avec « une peau blanche». En 1717, Nicolas Geoffroy toucha 5 livres « pour augmentation d'ouvrages par lui faits au Jubé [= tribune] des orgues outre son marché». L'an-née suivante, Christophe Beulot toucha 44 sols pour avoir fait une porte et 2 volets aux orgues. En 1719, on plaça « des rideaux pour couvrir les orgues», et un cordeau fut commandé « au cordier de Rouceux». L'orgue fut utilisé tout au long du XVII siècle, joué notamment par les organistes Léopold Jacob (à peu près entre 1716 et 1729) et Jean Henry (vers 1738).
Les paiements à l'organiste s'arrêtèrent en 1793. L'orgue fut vendu à un certain Gérardin, habitant de Neufchâteau, mais laissé en place. Lors de la reprise du culte, la fabrique loua l'instrument à ce Gérardin pour 5 livres par an, et fit réparer la soufflerie en 1802. Ce n'est qu'en 1819 que le fils de Gérardin vendit à la fabrique, pour 700 fr, l'orgue «qui a parfené a la Paroisse [et] qui a été vendu à Mr son paire dans la fervesance de la Révolution».
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Une fois rentrée en possession de son orgue, la paroisse ne tarda pas à le faire réparer, voire augmenter. Elle s'adressa à Jean-Baptiste Gavot, facteur originaire de Mirecourt mais établi à Bourbonne-les-Bains, en Haute-Marne. Selon les archives parois-siales, Gavet toucha 660 fr en 1822 pour les réparations, plus 500 fr en 1823 pour poser une Trompette et un Clairon, et son fils reçut « 2 francs septante cinq centime par reconnesance ».
Mais l'examen de l'orgue montre que les travaux de Gavot ne se limitèrent pas à la pose de ces
deux d'eux d'anches, qu'il porta l'étendue du grand orgue de 48 à 53 notes par adjonction d'un sommier supplémentaire, et qu'il ajouta un positif de dos. Peut-être était ce l'objet du traité du 15 mai 1838, non retrouvé, prévoyant des travaux pour 3 000 fr, soldés seulement en 1846, ce qui serait le prix d'un positif de dos.
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Pourtant, dès 1854, on envisagea le remplacement de l'orgue et l'on prit des contacts avec Jean-Nicolas Jeanpierre. Mais rien ne se fit. En l 872, Jeanpierre alla à Neufchâteau « pour donner avis sur le placement de l'orgue». En effet, l'on songeait à déplacer sous le clocher l'instrument placé jusqu'ici sur une tribune au revers du portail occidental. Est-ce à cette date que Jeanpierre envoya un projet d'orgue neuf, de 22 [eux sur 2 claviers et pédalier, destiné à être placé dans la niche du clocher, derrière quatre arcades ? Là encore, ce projet fut abandonné. Charles Didier, alors installé à Moyenmoutier, reçut l 000 fr en 1879. C'est très probablement lui qui changea trois jeux au grand orgue. L'idée de déplacer l'orgue refit surface en mars 1887, date à laquelle Théodore
Jaquot fut appelé à Neufchâteau pour examiner le nouvel emplacement. Cette fois, la décision fut prise, et l'instrument fut relégué en septembre 1888 sous la niche du clocher. Mais le positif de dos se trouvait toujours en balustrade, cachant le grand orgue et surtout les chanteurs et chanteuses, qui ne manquèrent pas de s'en plaindre. Aussi le positif de dos fût-il supprimé en avril 1892, toujours par la maison Jaquot, remplacé par un récit expressif de 42 notes, placé sur le côté, pour 1600 fr. Le positif lui-même fut vendu le l O novembre 1894 par Théodore Jaquot, à un acheteur inconnu. Jaquot avait également changé les claviers, puisque le curé Joly mentionna dans une lettre du 20 octobre 1895 qu'il détenait les deux claviers anciens, de quatre octaves et demi, qu'il destinait à un futur orgue de chœur, d'ailleurs jamais construit.
Des dommages de guerre subis par l'orgue en 1940 et 1944 furent réparés par Henri Pallaud. Selon le devis de relevage présenté par Jacquot-Lavergne le 3 juin 1950, le récit était encore dépourvu de première octave. C'est donc probablement Duhamel - qui intervint en 1955 - qui tenta de poser une première octave avec traction pneumatique. Suite à ces bricolages et à un manque d'entretien chronique, l'orgue est aujourd'hui presque injouable. Souhaitons un meilleur sort à cet instrument très intéressant, l'orgue le plus ancien conservé dans les Vosges, et même en Lorraine!
BUFFET
Par sa structure et son style de décoration, le buffet remonte à la seconde moitié du XVII siècle. On peut constater certaines analogies avec d'autres meubles de Jean Treuillot (Saint-Nicolas de Neufchâteau ou Notre-Dame de Beaune), même si l'ordonnancement des plates-faces est différent.
Le buffet n'a été transformé qu'une fois, à la fin du XVIIe siècle ou au début du XVIIIe siècle, probablement par Gérardin en 1689-90, date à laquelle sa profondeur a été portée de 2 pieds et demi à 3 pieds et demi, par l'ajout de 32 cm de profondeur, aux tourelles latérales et aux plates-faces. La tourelle centrale a conservé sa profondeur originelle, du moins dans sa partie haute.
Le meuble est en chêne, peint en brun en 1822. Les portes arrière à l'étage de la tuyauterie sont encore conservées, avec leurs charnières anciennes. La boîte expressive du récit, de Jaquot-Jeanpierre, se trouve à droite du grand-buffet, au sol, avec des jalousies sur le plafond. Au-dessus se trouvent les tuyaux de la première octave du récit, abrités par des panneaux d'isorel qui étaient censés plus ou moins s'ouvrir selon la position de la bascule d'expression, mais cet infâme bricolage n'a jamais fonctionné !
Les tuyaux de façade sont en étain, avec des écussons rapportés en plein cintre au centre des tourelles et des plates-faces, et imprimés en triangle pour les autres tuyaux. Leurs parois sont très minces, et leur état préoccupant.
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Extrait des inventaires des orgues des Vosges
